Les vitraux de l'Abbatiale - Héritage Lupovicien

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Les vitraux de l'Abbatiale

Patrmoine > Patrimoine architectural

LES  VITRAUX
Texte Annette Metzler



L’église de Saint-Leu  fait partie des premiers édifices où l’on permit à la lumière de pénétrer largement dans la nef, ce qui a conduit à l’art du vitrail.

Les fouilles ont surtout mis au jour des restes de grisailles. Toutefois, dans les traces de l’incendie de 1436, on a retrouvé quelques morceaux de verre rouges, bleus, jaunes, peints au pinceau, mêlés aux morceaux de grisailles.

Avant les bombardements, les vitraux étaient incolores à l’exception d’un vitrail du bas-côté sud composé de simples losanges transparents, jaunes, caramel, vert doux. Sur le mur du bas-côté nord subsistaient 4 vitraux blancs bordés d’un encadrement fait d’une bande jaune parcourue par une liane de lierre stylisé. Par endroit ce décor était remplacé par du verre blanc. Seul le vitrail qui représente actuellement Saint Jean-Baptiste était resté complet, même après août 1944.

Lors de la reconstruction les architectes ont envisagé deux possibilités pour refaire les vitraux :
la 1 ère qui pastichait ceux d’origine fut rejetée puisque l’on ne possédait pas de documents permettant de refaire à l’identique ;
la 2 ème, qui fut choisie, utilisait les techniques nouvelles et l’art contemporain pour faire œuvre de novateur, tout en gardant le caractère, l’unité et l’harmonie de l’édifice, et en reprenant la tradition des moines bénédictins en perpétuelle recherche.

Pour comprendre et apprécier l’ensemble des vitraux de Saint-Leu, il faut savoir que dans le cahier des charges les architectes ont imposé des règles très strictes aux postulants maîtres verriers : simplicité, sobriété, dépouillement, tout en excluant la monotonie, la fadeur ou la sécheresse. Le graphisme moderne et vivant devait laisser à l’édifice son caractère et sa classe.  

Quatre maîtres-verriers furent retenus pour exécuter les travaux afin de créer diversité et relief :
M. Max INGRAND a créé le chœur et la rosace,
l’atelier BARILLET les bas-côtés des nefs,
M. Pierre GAUDIN les verrières du haut de la nef centrale (posées en novembre 1960),
M. Jacques LE CHEVALLIER les verrières de la tribune.

Quand on pénètre dans l’église de Saint-Leu on est frappé par la luminosité tamisée qui apaise et incite au recueillement. Cette lumière particulière vient de l’unité de la hauteur de tons des vitraux et des techniques nouvelles du travail du verre. Rien n’agresse, rien n’affadit, les tonalités sont rabattues mais des touches colorées font jouer la lumière.

Dans les verrières qui encadrent le chœur et dans celles au-dessus de la nef centrale, Pierre Gaudin, grâce aux lignes verticales, évite la rupture provoquée par les ouvertures et accentue la hauteur de la nef,  d’autant plus que les dominantes grises et bleu soutenu sont réparties en lamelles verticales. Ainsi, le regard s’élève jusqu’à la voûte d’un seul élan. Les teintes sourdes et reposantes de Gaudin sont rompues par des touches de rouge, de jaune, de vert brillant qui font vibrer la lumière et apportent une joie sereine alors que les grisailles de Max Ingrand derrière le chœur donnent de la profondeur et allongent la nef.

A contrario, dans les bas-côtés
, Barillet crée des pavages faits de simples quadrilatères irréguliers dans les tonalités de gris, de bleu, de mauve doux qui s’associent à l’empilement des pierres. Le vitrail se fond dans les murs, mais grâce à la technique du travail du verre il laisse passer une lumière épurée très particulière. Le graphisme dépouillé  1t symbolique, très utilisé dans les années 1950 (nous pensons à la colombe de Picasso, à Cocteau, Matisse ...) n’altère pas la simplicité de l’édifice mais apporte un peu de fantaisie et une note vivante et moderne.  

Au niveau du triforium Barillet utilise cette même technique pour provoquer cette fois  un effet de profondeur lumineuse, alors que Ingrand, au-dessus du chœur, multiplie l’effet des colonnes et des nervures de la voûte en utilisant les lames étroites. Une fois encore le rythme des petites touches coloriées, lumineuses, apporte la vie et évite  la monotonie.  

Dans la Rosace, Ingrand accentue les découpes de la pierre et l’impression de dentelle grace aux représentations symbolisées et à la répartition des volumes colorés. Ses camaïeux de bleus et de verts sont mis en valeur par l’effacement des vitraux de la tribune où Le Chevallier n’a utilisé comme décoration que l’harmonie douce des jaunes et des mauves pâles rehaussée de touches vert très clair et de pointes de rose apparaissant au travers des mailles irrégulières d’un filet rappelant les grisailles. La technique de l’atelier Barillet, dont il a été un moment le directeur, lui permet d’apporter une lumière presque irréelle dans le mur massif et nu. Pourtant, une fois de plus, la verrière se fond dans l’ensemble des pierres. Curieusement cette simplicité et cette luminosité mettent en valeur le travail de la rosace dont elle fait vibrer les couleurs.  

Il ne faut pas oublier, sur le mur de façade, tout au bout du bas-côté sud, un Saint Jean-Baptiste qui apparaît en toute simplicité, vêtu de ce qui semble être une peau de bête. Humble pèlerin, il donne l’impression de pénétrer dans l’église par la petite porte. Il est la seule touche humaine, très discrète, dans ce monde de pierre et de verre dédié à Dieu.  

L’ensemble des vitraux de Saint-Leu est une réussite. L’astuce des concepteurs a été de choisir des maîtres verriers différents, mais, tous bien intégrés dans leur époque. Chaque vitrail a son style. La rupture entre les graphismes et les coloris évite la monotonie qui aurait pu résulter de la simplicité des lignes et de la douceur des teintes.
Il y a diversité et personnalité mais tout se fond dans l’ensemble, participe à l’harmonie et crée une atmosphère calme et reposante qui vient compléter l’effet de l’architecture qui aide le croyant à s’élever vers Dieu.

A Saint-Leu d’Esserent il n’y a pas un vitrail à admirer mais une église, lieu de prière, de recueillement et  de paix.

                        Annette METZLER




SITUATION DES VITRAUX

I parties basses
1/ Nef latérale  Gauche  ( Barillet )

  1. Promesse de la Rédemption. Adam et Eve
  2. Arche de Noé. Arc-en-ciel.
  3. Abraham. L’alliance.
  4. Jacob. Père des douze tribus.
  5. Joseph sauve le peuple.
  6. Moïse. Délivrance du peuple.
2/  Nef latérale  Droite  ( Barillet )
  1. L’Immaculée Conception. Œuvre de la Grâce.
  2. Le Baptême. La Confirmation.
  3. L’Eucharistie.
  4. L’Ordre. Le Sacerdoce.
  5. La Pénitence. Le Pardon.
  6. Le Mariage.
  7. L’Onction des Malades.

II  parties hautes
1/    Nef centrale  Gauche  ( Gaudin )

  La Genèse. La Tentation.
  1er Jour ; 2ème Jour ; 3ème Jour ; 4ème Jour ; 5ème Jour ; 6ème Jour. Le Paradis
2/    Nef centrale  Droite  ( Gaudin )
  La Genèse. La Chute.
  1er Jour ; 2ème Jour ; 3ème Jour ; 4ème Jour ; 5ème Jour ; 6ème Jour. Le Paradis

III  le chœur ( Max Ingrand )
1/   en bas
 Première absidiole :  Les prophètes
 Deuxième absidiole :  L’arbre de Jessé. David ancêtre du Christ.
 Troisième absidiole :  Chapelle de la Sainte Vierge. L’Annonciation.
  Quatrième absidiole :  
Saint Pierre et Saint Paul
 Cinquième absidiole :  Les Évangélistes, les Pères de l’Eglise ; sur le côté Saint-Leu
2/  la chapelle au-dessus du chœur
  La Trinité
3/  les verrières au-dessus du chœur
 à gauche : Babylone, Jérusalem-Foi-Charité?
 à droite : Espérance, Jérusalem, Babylone.

IV  la verrière de la tribune ( Le Chevaillier )

V  la rosace ( Max Ingrand )
  Le Jugement Dernier

VI  la façade ( Barillet )
  St Jean Baptiste

 
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