La Jacquerie à Saint Leu d'esserent - Héritage Lupovicien

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La Jacquerie à Saint Leu d'esserent

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Un autre texte sur la Jacquerie à Saint leu d'Esserent écrit par Frédéric DUCHATEL est déjà présent sur le site de la ville.
Vous pouvez y accédre en cliquant sur ce lien .

La Jacquerie à Saint-Leu d’Esserent
Texte Annette Metzler
11/08/2012

Le milieu du quatorzième siècle connut des malheurs de toutes sortes : la peste de 1347, la Guerre de Cent Ans, « les Grandes Compagnies » qui organisaient le brigandage, pillaient les récoltes déjà insuffisantes, rançonnaient seigneurs et paysans et bloquaient le commerce. Le Roi Jean le Bon, contraint de poursuivre la guerre contre les Anglais, auxquels s’étaient joints certains de ses vassaux, ne parvenait pas à maîtriser la crise financière, ce qui mécontentait les bourgeois des villes et les seigneurs touchés par les taxes. La colère grandissait. Les petites gens et les paysans ne supportaient plus de payer aux seigneurs, non seulement les redevances habituelles, mais aussi les taxes supplémentaires que réclamait le Roi. Les villes s’étaient développées. Leurs habitants, les bourgeois (habitants du bourg) avaient acquis certains des privilèges et des droits concédés aux villes, et, peu à peu, les plus entreprenants prirent une part importante dans la direction et la gestion de la cité. Enrichis par le commerce ils auraient bien voulu partager le pouvoir des nobles qui évoluaient dans la sphère royale. Tout comme les paysans et les petites gens ils n’aimaient pas  la noblesse qui ne remplissait plus son devoir de protecteur en échange des redevances imposées. En cas de danger on ne se réfugiait plus dans le château du seigneur mais derrière les murs des villes.
A Poitiers, en 1356, les nobles avaient abandonné le champ de bataille alors que le Roi Jean le Bon continuait à combattre vaillamment et était fait prisonnier par les Anglais. Son fils âgé de 18 ans, le futur Charles V, prit la situation en main. A plusieurs reprises il convoqua le Parlement de Paris. Le Prévôt des Marchands, Etienne Marcel, suivi par les bourgeois de Paris, en profita pour réclamer une modification du Régime et proposer « une Royauté Constitutionnelle » à laquelle ces derniers seraient associés. Il s’en suivit des troubles sérieux dans la capitale soutenue par certaines villes du bassin parisien. Le Régent Charles, ne pouvant plus rester dans Paris, réunit le Parlement du Vermondois (la Picardie actuelle) à Compiègne. Le 14 mai 1358 il fut décidé d’organiser le blocus de Paris afin d’affamer les parisiens et surtout de ruiner leur commerce, ce qui était censé mettre fin aux troubles. Dans ce but, les convois de vivres qui convergeaient vers la Capitale devaient être interceptés et les marchandises confisquées.

Il fut aussi décidé que les paysans répareraient les forteresses délabrées le long des rivières conduisant à Paris (l’Oise, la Marne, la Seine), afin d’y loger des garnisons. Des seigneurs, à la solde du Régent, furent placés aux points stratégiques pour arrêter les « hors la loi ». Tout était réuni pour rendre le moindre incident explosif.
Des paysans de la région de Montdidier avaient organisé un convoi de blé destiné aux parisiens. Rejetés au pont de Compiègne, où se trouvait le Roi, ils se présentèrent le 28 mai 1358 au pont de Saint-Leu où neuf seigneurs et leurs hommes gardaient le passage et avaient ordre d’empêcher tout convoi de franchir la rivière.  Parmi eux se trouvaient les deux Comtes de Clermont qui étaient sur leurs terres, Raoul, qui fut tué, et son frère Jean qui réussit à s’échapper. Leurs ancêtres avaient construit le monastère et l’église, donné aux moines l’autorisation de construire le pont et rétabli leurs finances. Ils y possédaient aussi une maison fortifiée (le château de la Guesdière). En outre, leur oncle, le Maréchal de Clermont, avait été tué sur ordre d’Etienne Marcel ; ils étaient donc des ennemis pour les convoyeurs, partisans des parisiens. Il faut aussi souligner que, pour le Dauphin, Saint Leu était l’un des rares point de passage possible sur l’Oise, sur la route de Paris, mais aussi un centre d’extraction et d’exportation de la pierre qui représentait une source financière intéressante en cette période où villes et châteaux se reconstruisaient ou se fortifiaient. On comprend pourquoi le pont de St Leu était si bien gardé.
Quand les convoyeurs se présentèrent il s’ensuivit certainement de violentes discussions. Les paysans et les carriers de Saint-Leu étaient furieux à l’encontre du Régent qui n’avait pas tenu compte du fait que la Charte du 11 février 1174 les exemptait des corvées imposées par  l’Ordonnance de Compiègne du 14 mai 1358 qui les obligeait à aider seigneurs et villes à construire ou reconstruire leurs défenses et à participer aux dépenses de guerre. On peut penser que tout naturellement carriers et paysans apportèrent leur soutien aux convoyeurs et que l’altercation prit rapidement un tour extrêmement violent. Quatre chevaliers et cinq écuyers, hommes du Régent, furent tués.


Bibliographies :

  • Siméon Luce – Histoire de la Jacquerie

  • Jean Favier – Dictionnaire du Moyen-Age

  • Raymond Cazelles- Compte-rendu des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres

  • Syndicat des Instituteurs de l’Oise – La Jacquerie

  • Emile Lambert – La Jacquerie – Documents & Recherches

  • Pierre Durvin – Le Millénaire d’un sanctuaire – Saint-Leu d’Esserent

  • Pierre Rigault et Patrick Toussaint – La Jacquerie - Entre mémoire et oubli

  • Emmanuel Le Roy Ladurie - Conférence


Etant donné l’insécurité qui régnait dans le Royaume à cette époque, Jean le Bon avait promulgué une Ordonnance selon laquelle les paysans devaient faire sonner les cloches en cas d’événement grave. Le tocsin ameuta probablement carriers et paysans des environs ce qui explique que l’affaire prit des proportions et un caractère de révolte.
Les différents récits dont nous disposons ne font aucune allusion aux journées qui ont suivi. Il est vraisemblable que les participants ont pris le chemin du retour, excités d’avoir osé tuer des seigneurs, mais aussi inquiets d’avoir tué leur propre seigneur qui obéissait  aux ordres du Roi. Dans les textes, nous les retrouvons organisés en un mouvement de révolte et dotés d’un chef, Guillaume Cale de Mello, présenté par tous comme intelligent et cherchant à limiter les atrocités. M. Raymond Cazelles démontre comment les bourgeois de Paris et ceux des villes du bassin parisien, dont certains représentants avaient des liens familiaux ou amicaux avec les responsables de la révolte parisienne, ont alors manipulé ce mouvement de révolte des Jacques et l’ont utilisé pour atteindre le Régent et les nobles dont ils auraient aimé prendre la place. Après la bataille de Nointel et la mort de Guillaume Calle, vers le 12 juin, la situation se retourna, la noblesse finit par l’emporter et son pouvoir en sorti renforcé pour longtemps. La répression fut terrible.
La lecture des récits permet de penser que, pendant ces évènements, Saint-Leu, où eut lieu l’étincelle qui engendra après coup le mouvement de la Jacquerie, ne connut pas les horreurs qui survinrent dans la région. Il est vrai que l’un de ses seigneurs avait été tué dès le 28 mai.
On constate aussi que pendant ces quelques jours les moines ne bougèrent pas et personne ne vint les inquiéter. Pourtant, ce sont eux qui vont tirer un bénéfice du mouvement ! Fin 1358 les Anglais, qui étaient à Creil, pillèrent St Leu et l’abbaye. Les moines acceptèrent leurs conditions afin que leur église ne soit pas incendiée. Ceci leur valut d’être accusés de collaboration avec l’ennemi, ce qui leur attira de gros ennuis comme à tous ceux qui avaient agi de la sorte. Le calme revenu, le Régent avait accordé des « lettres de rémission » à ceux qui avaient commis des atrocités au cours de la Jacquerie. Il décida d’accorder aussi son pardon à ceux qui avaient été accusés de collaboration. C’est ainsi qu’en juin 1359 « la faute des moines de St-Leu » fut pardonnée.
L’église sera incendiée en 1436 par les Anglais !...

 
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